BALLON BLEU

Ballon bleu, c’est une idée, un souvenir très précis, des questionnements. À l’automne 2019, mon premier enfant avait 9 mois, la rétrospective de Françoise Sullivan au Mac était son terrain de jeu. Nous l’avons visité à plusieurs reprises jusqu’à ses un an. Chaque fois, il se dirigeait vers une sculpture. La même. À la fin de l’été suivant, mon enfant avait grandi, il marchait, il parlait. Une nouvelle exposition avait pris place au MAC. En entrant dans la salle où un an auparavant il explorait l’univers de Sullivan, il s’est exclamé :

 

« Ballon bleu ! »

 

Il se souvenait. Il mettait les mots sur un souvenir. Il décrivait un objet qu’il n’avait pas la possibilité de nommer un an auparavant. Et cette sculpture, au temps présent, était absente. Il ne l’a pas cherchée, elle n’était pas manquante. Il la portait en lui et l’espace, à lui seul, avait suffi à la faire émerger.

 

Depuis, je porte ce souvenir et l’ambition « d’en faire quelque chose », sur scène, pour les 0-2 ans. La vie, les projets, les temps suspendus par la pandémie (le vide…) et un second enfant font que je berce cette proposition depuis pratiquement quatre ans. Plus je creuse l’œuvre et la vie de Sullivan, plus je trouve des affinités, des correspondances entre sa démarche et la création pour les 0-2 ans.

 

« Avoir une vision, ce n’est pas imaginer l’œuvre accomplie avant de la réaliser. Le processus, le réel des choses apportent des obstacles, mais aussi des solutions inattendues et dont on ne tient pas compte quand ça se passe au niveau de la tête […] Ce qui est excitant, c’est justement l’inconnu dans lequel on entre, les choix continuels qui s’imposent au fur et à mesure, et les nécessités qui commandent ». Françoise Sullivan

 

J’aimerais construire une dramaturgie qui se développe comme des « calques » avec lesquels on peut jouer pour moduler le spectacle en fonction des spectateurs. Un espace qui évolue au fil des interactions. Une suite de mots. On en change un et tout bascule, ça change, ça se transforme. L’idée de l’accumulation (des codes, des mots, des formes et du mouvement dans l’espace) m’interpelle aussi ; comme si la dramaturgie elle-même naissait de ces tissages un peu comme l’apprentissage de la langue qui se développe au fil des expériences et des interactions.

 

À suivre …